13 avril 2009

03 avril 2009

Playlist









    30 novembre 2007

    Une Invasion comme une autre - La Fin

    Scene 5. La Cuisine.

    Deux cafards, énormes, le ventre rondelet et les pattes grésillantes, sont confortablement installés sur le carrelage de la cuisine, sous la lumière blafarde d’une ampoule nue. Nous les appelerons Albert et Norbert.

    Albert
    Burp !

    Norbert (se grattant le ventre)
    Qu’est ce que tu dis ?

    Albert (se tournant vers son compagnon)
    Je dis : voilà un bon steak. Dix jours après la date de péremption, c’est là qu’il est le meilleur…
    Je dis encore : voilà une belle victoire. Ces pauvres humains se sont pris une sacrée raclée.

    Norbert (faisant ce qui ressemble à une moue dubitative)
    Belle victoire, oui… c’était presque trop facile. Cette race idiote n’a pas compris notre ingénieux fonctionnement. Leur stratégie militaire était d’une absurdité dépassant de loin celle des malheureuses fourmis.

    Albert (secouant la tête)
    Je te crois ! Et pourtant, ils ont inventé la philosophie, la démocratie et la bombe atomique, on aurait pu s’attendre à mieux de leur part. Je comprends ta déception, cher ami.

    Norbert (poursuivant)
    Comment n’ont ils pas pensé à tenir le raisonnement suivant : les cafards se nourissent des déchets humains. La connerie est le déchet de la pensée. Par conséquent, nous nous sommes simplement nourris de leur stupidité. Grappe après grappe, nous avons bouffé leur connerie, il faut le dire, assez spectaculaire, et nous voilà repus et rassasiés…

    Albert
    Repus ? Pas encore, en ce qui me concerne ! j’entends bien aller faire un tour dans le salon. Il paraît qu’il reste là bas, quelque part sur la Table, plusieurs fonds de bière et un cul de joint.

    Norbert (levant une antenne)
    Un cul de joint ? C’est de la beuh, j’éspère…

    Albert
    Je n’en sais pas plus. Allons jeter un coup d’œil.

    Albert et Norbert ricanent. Lentement, lourdement, ils se redressent sur leur carapace, retombent sur leurs pattes velues, et se dirigent en se tortillant vers la suite de leurs aventures.

    27 novembre 2007

    Une Invasion comme une autre - La poursuite de la suite

    Scene 4. Le Salon.

    Derrière le canapé, le Colonel Chabert et le Sergent X sont toujours immobiles, crispés sur leurs fusils. Des gouttes de sueurs leurs coulent sur le front, la tension est palpable.

    Sergent X
    Colonel, je n’en peux plus de ce silence, ça me met les nerfs en pelote. J’étouffe…

    Colonel Chabert (regard rivé sur l’horizon)
    Allons, du courage, mon garçon. Tout sera bientôt reglé. Le Général va sans doute nous contacter d’ici quelques minutes.

    Un silence, pesant.

    Sergent X
    Colonel, est ce que vous avez déjà pensé à l’Apocalypse ?

    Colonel Chabert (se tournant vers lui, sourcils froncés)
    L’Apocalypse ? Qu’est ce que vous voulez dire par là, Sergent ?

    Sergent X (le regard soudain fièvreux)
    L’Apocalypse, mon Colonel… C’est un terme qui signifie nouveau départ, en Grec ancien. Est ce que nous ne serions pas à l’aube d’une apocalypse qui verrait la race humaine s’éteindre, laissant la place à ces immondes créatures ?

    Colonel Chabert (voix grondante)
    Voyons Sergent, reprenez vous ! Qu’est ce que c’est que ces inepties ?

    Sergent X (poursuivant, comme possedé)
    Et si le Jugement Dernier était proche ? Si Dieu avait décidé de remplacer l’homme par des cafards ? Kafka s’était simplement trompé sur leur origine… Ils ne viennent pas de nos entrailles, mais de l’évier. Seulement, ça ne change rien. Leur temps est venu, le nôtre s’achève… (il se lève, et sa voix monte d’un cran) Bientôt, les derniers combattants que nous sommes laisseront leurs sang et leur âme imprègner la moquette du salon, dernier champ de bataille de l’humanité vaincue… (il baisse soudain la tête) La messe est dite, Colonel. Plus rien ne sert de lutter.

    Le Colonel Chabert paraît réflechir à ce qu’il vient d’entendre. Le silence s’installe, bientôt rompu par la sonnerie du téléphone de campagne, stridente. Le Colonel laisse l’engin sonner plusieurs fois.

    Sergent X
    Colonel, c’est sans doute l’Etat Major, vous devez répondre.

    Le Colonel semble soudain retrouver l’emprise sur lui-même. Il décroche.

    Colonel Chabert
    Colonel Chabert, poste de défense du canapé ! Je vous écoute, mon Général !
    (…) Oui … Oui, je sais que vous avez lancé l’assaut. Mais nous ne somme plus que deux ici, mon Général. Nous ne somme d’aucune utilité dans cette bataille… Oui mon Général, je me doute bien qu’il s’agit d’un ordre. Simplement, je ne vais pas y obeir. Je refuse de me sacrifier, ainsi que le seul homme qui me reste, pour une bataille absurde perdue d’avance…. Adieu, mon Général. Et que la force soit avec vous.

    Il raccroche.

    Colonel Chabert (d’une voix empreinte de sagesse millénaire)
    Sergent, nous avons d’ici une vue imprenable sur le territoire du Salon. La fin de l’humanité sera sans aucun doute un spectacle grandiose…

    23 novembre 2007

    Une Invasion comme une autre - La suite de la suite

    Scene 3. Les Toilettes

    Trois ou quatre soldats vétus d’une combinaison spéciale et portant une arme ressemblant à un pistolet à eau sont en train de s’entraîner sous les ordres d’un capitaine aux épaules larges et à la moustache épaisse.

    Capitaine Fracasse (d’une voix forte)
    Une, Deux, Une, Deux, plus vite que ça bande de couillons !
    Si vous n’allez pas plus vite pour recharger votre engin, ces satanées bestioles vont vous bouffer tout cru, mes gaillards !

    L’assistant arrive à se moment, essouflé, les bras chargés de munitions insecticides.

    Assistant n°1 (se mettant au garde à vous)
    Mon Capitaine ! J’arrive à l’instant du quartier de la Salle de Bain !

    Capitaine Fracasse (lui tapant sur l’épaule)
    Ah Ah ! soyez le bienvenu, petit grouillot de mes deux !
    Alors, quelles nouvelles de ce bon vieux tatouilleur de marmites ?

    Assistant n°1 (légèrement déstabilisé)
    Eh bien, euh… le professeur Tournesol à finit de mettre au point l’arme spéciale. Je vous en apporte une cargaison.

    Capitaine Fracasse
    Ah Ah ! Très bien ! Et quels sont les ordres ?

    Assistant n°1
    Le Général Dourakine prévoit d’attaquer cette nuit, en jouant sur la surprise : en vous déployant silencieusement, vous pourriez surprendre ces créatures dans leur sommeil, et…

    Capitaine Fracasse (le coupant)
    Nom de Dieu de bordel de merde ! Mais à quoi pense l’Etat-Major ? Ils ne savent donc pas que ces saloperies ne dorment jamais ? Elles passent leur temps à tourner en rond dans le salon en cercles concentriques, j’ai un éclaireur qui vient de m’en informer !

    Assistant n°1 (pris de court)
    Alors… peut-être…

    Capitaine Fracasse
    Fermez-la, petit grouillot de mes deux ! Rien à foutre des ordres du Général Dure-la-pine ! Nous allons faire comme nous avons toujours fait : nous allons foncer dans le tas, leur balancer la sauce et les exploser !

    Assistant n°1
    Mais…

    Capitaine Fracasse (rouge de colère)
    Fermez-la, j’ai dit ! Comment croyez vous que nous avons gagné en Indochine? Et en Algérie ? Hein ? Nous avons montré au monde que nous avions des burnes, voilà ce que nous avons fait !
    (il se tourne vers ses soldats et prend un air solennel)
    Messieurs, le moment est venu : Prenez ces munitions, soyez rapides, féroces et souvenez vous du film de Paul Verhoeven. Massacrez moi ces bestioles ! Repeignons l’appartement aux couleurs de leur sang verdâtre !

    Les soldats (au garde à vous)
    Oui Capitaine !

    Capitaine Fracasse (se tournant de nouveau vers l’assistant)
    Quant à vous, prenez ces jumelles, observez la bataille et prenez en de la graine, espèce de moule…